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Soirée Gérard Philipe, une grande victoire

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Article paru dans Plateaux n°201 - 2ème trimestre 2010

Remplir Chaillot, un grand bonheur…

Théâtre National de Chaillot, lundi 3 mai 2010, une foule énorme. La grande salle est bourrée, il y a une longue liste d’attente, tous ne pourront pas entrer. Le SFA, pour la première fois dans son histoire, a organisé une soirée festive et ouverte à tous : « Un homme, un artiste, une conscience ».

C’est un hommage à son premier Président, Gérard Philipe.

Et le succès est là, cinquante ans après sa mort, la présence agit encore.

Sur le côté de la scène, dans la lumière, se dresse le costume inoubliable, même si on ne l’a jamais vu en représentation, du Prince de Hombourg. Et très vite on nous donne à entendre cette voix unique, à voir ce visage et cette silhouette d’une incroyable modernité. Et c’est par « le Petit Prince » que commence la soirée, dans un document filmé de l’enregistrement de ce disque qui a enchanté tant d’enfants.

Nous voulions un plateau éblouissant, et nous avons fait appel aux plus grands.

Tous ceux qui étaient libres ont répondu présent, ont accédé avec enthousiasme aux demandes de participation qui leur ont été faites. Ceux qui ne pouvaient pas être là nous ont assuré de leur sincère regret et de leur soutien : Anouk Aimée, Pierre Arditi, Daniel Auteuil, Michel Bouquet, Philippe Caubère, Eric Elmosnino, Micha Lescot, Jeanne Moreau, Robin Renucci, Laurent Terzieff, Arlette Thomas…

Et c’est ainsi que sur le plateau se regroupent d’abord de grandes comédiennes qui ont connu Gérard Philipe, qui ont joué ou tourné avec lui : Nadine Alari, Françoise Arnoul, Monique Chaumette, Gina Lollobrigida, Christiane Minazzoli, Geneviève Page, Natasha Parry, Micheline Presle, qui tour à tour témoignent avec émotion et humour et qui racontent la malice, la force de vie, le sérieux, le travail, la chaleur de celui qu’elles ont toutes tant aimé et admiré…

Et se succèdent des lectures de textes de lui, ou sur lui (de Claude Roy, d’Henri Pichette), faites par des comédiens prestigieux, trop jeunes pour l’avoir connu, mais pour qui il a eu une importance certaine et qui ont accepté de mettre leur talent à contribution : Gérard Desarthe, Francis Huster, Didier Long, Daniel Mesguich.

Un montage préparé par Roland Monod de la passionnante correspondance Vilar/Philippe superbement lu par Didier Bezace/Vilar et Samuel Labarthe/Philipe.

Et enfin, lues avec toute la finesse et l’humour nécessaires par René Renot (qui a bien connu « Gérard » dans ses réunions nocturnes du SFA) la lettre de Pierre Dux donnant sa démission au SFA pour désaccord avec une grève, et la réponse structurée, intelligente, drôle et insolente de Gérard Philipe refusant cette démission pour prononcer l’exclusion (voir ci-contre)

Il y aussi des films bouleversants qui retracent sa vie, sa carrière, son engagement : « Un homme pas un ange », beau documentaire de Michel Viotte et Gérard Bonal sur l’ensemble de sa courte vie, une interview par Lise Elina du tout jeune acteur, et un montage d’archives de l’INA sur son engagement, ses actions militantes, finement regroupées par Aristide Demonico qui a également orchestré toute la soirée.

Entre temps, Pierre Santini transformé en présentateur d’un soir, a évoqué la vie et les actions militantes de celui qui avait su réunir une profession encore éclatée, en créant le Comité national des acteurs puis le Syndicat français des acteurs, SFA, dont il est le premier président.

Enfin pour terminer cette soirée exceptionnelle, les comédiennes vues en début de soirée reviennent, avec et sous la houlette d’Anne-Marie Philipe, pour lire des extraits du «Temps d’un soupir » le beau livre d’Anne Philipe. C’est encore un moment rare et émouvant que de voir et d’entendre cette « brochette » de si belles et talentueuses comédiennes, aux personnalités si diverses, réunies sur le grand plateau de la salle Jean Vilar.

C’est donc une soirée riche, exaltante, motivante que le SFA a su réussir.

Donnera-t-elle aux jeunes présents ce soir-là le goût, l’envie de l’engagement ? Je le souhaite de tout mon cœur. Notre métier en aurait besoin plus que jamais…

Tout au long de cette soirée nous avons eu la preuve qu’on peut réussir sa carrière, sa vie amoureuse et familiale, être au plus haut dans son art et donner encore de son temps, de son énergie pour les autres. Gérard Philipe a accepté que son nom serve d’étendard pour défendre sa profession et ceux qui la pratiquent. Il savait que sa notoriété ne serait pas amoindrie par ses actions mais qu’au contraire, elle servirait ceux qui n’avaient pas eu ses chances ou son succès. Qui suivra ce bel exemple ?

Le SFA n’aurait pas pu réussir cette soirée sans l’aide de l’ADAMI, d’AUDIENS, de l’INA, du FNAS, de la Maison Jean Vilar, du Théâtre national de Chaillot, et de l’Union des artistes.

Michèle Simonnet