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Pratiques en amateur / spectacles non professionnels

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Article paru dans Plateaux n°212 - 1er trimestre 2013

Ce que dit le SFA : c'est un droit fondamental de chacun de pratiquer en amateur, seul ou en groupe, les arts de son choix. Les pratiques artistiques en amateur participent pleinement à la vie culturelle de la société et à son développement. Elles doivent être encouragées et soutenues. S’agissant de spectacles vivants, il est normal et légitime de vouloir les présenter au public, nous sommes bien placés pour comprendre et partager ce désir.

Et il ajoute : il convient toutefois d’en définir les conditions et de créer un cadre légal qui soit à même de garantir que ces spectacles ne constituent pas une concurrence déloyale aux spectacles professionnels.

 

Il existe deux manières de pratiquer les arts du spectacle : l'une, non professionnelle, communément appelée « en amateur », l'autre est professionnelle. La pratique en amateur ne permet aucune rémunération, sous quelque forme que ce soit, pour celui qui l'exerce, contrairement à la seconde qui est obligatoirement rémunérée (salariée), soumise au code du travail et aux conventions collectives. Il s'ensuit deux types de spectacles et concerts : les spectacles et concerts non professionnels, nés de la pratique en amateur et les spectacles et concerts professionnels exploités selon les règles commerciales.

 

Dès lors qu'une personne participe à un spectacle commercial, quelle que soit sa pratique antérieure, elle doit être rémunérée au même titre que les autres artistes et sur les mêmes bases. Ce sont-là des données absolument intangibles.

 

Il y a un an, ici même, nous attirions l'attention sur la situation alarmante que constitue l’irruption croissante de spectacles non professionnels dans le champ professionnel et commercial mettant gravement en danger la survie de nombreux artistes et compagnies. Que se passe-t-il ?

 

Nous sommes confrontés à une vaste régression sur tous les plans (social, politique, idéologique, moral…) et le désengagement de l'état en matière de financement frappe de plein fouet le domaine artistique et culturel. Responsables de programmations, établissements labellisés, collectivités territoriales organisatrices de manifestations ponctuelles et de festivals – sous couvert de crise, de manque d'argent, de budgets rabougris, de subventions stagnantes – font sans vergogne, et de plus en plus souvent, appel à des non-professionnels qui coûtent peu pour assurer les spectacles. Nous n'acceptons pas la « crise » en guise d'explication parce que nous refusons ce qui est masqué derrière et qu'il faut bien appeler, en l'occurrence, une démission politique du service public dans le domaine culturel.

 

à la faveur de la loi d'orientation sur la création artistique en cours d'élaboration, la question des pratiques en amateur va être abordée. Comment ? Dans quel esprit ? Quelles solutions seront apportées ?

 

Notre fédération vient d'achever un long document argumenté qui constitue notre contribution collective à la future loi. Il y est affirmé, sur le sujet qui nous préoccupe ici, l'absolue nécessité de remplacer le décret de 1953 (qui régit les « spectacles amateurs ») après une large concertation avec les organisations professionnelles représentatives.

 

C'est à la préparation de cette concertation que nous appelons les artistes interprètes. Il ne suffit pas en effet d'affirmer qu'il est nécessaire de garantir les spectacles professionnels contre une concurrence déloyale, nous devons inventer et proposer. Ce n'est pas tout simple mais ce n'est pas non plus la quadrature du cercle. Il y a des pistes et nous devons les explorer ensemble.

 

Jusqu'ici la réglementation visait les groupes et autres associations qui fabriquaient des spectacles. La limitation concernait le nombre annuel de spectacles et de représentations, voire leur rayonnement géographique. Ces règles, inadaptées dès l'origine, se sont révélées totalement incontrôlables et dépassées, en particulier face au développement des musiques actuelles. Nous pensons aujourd'hui qu'il serait bien plus judicieux et réaliste de règlementer rigoureusement les lieux dont la mission est d'accueillir et de diffuser les spectacles professionnels exploités commercialement – y compris les collectivités territoriales et les entreprises commerciales « ordinaires » – et de redonner les moyens aux salles dont c'est la fonction d'accueillir et de programmer les spectacles non professionnels.

 

En 2008, un projet ministériel de réglementation des pratiques en amateur a capoté (nous n'y étions pas pour rien), nous devons tout faire pour que, cette fois, il aille dans le sens de l'intérêt général, pour le mieux des artistes professionnels, non professionnels et du public.

 

Aristide Demonico